Samedi. Le temps d’une journée, Yéviépé, entre émoi et consternation, a changé de visage. Envahi par du monde, aussi varié que diversifié. Tous parés du noir et rouge, couleurs des temps d’exception en milieu ewe. Particulièrement, ceux de deuil. Le temps est beau. La nature, clémente.
Comme pour dire que les étoiles se sont parfaitement alignées pour un retour avec les honneurs, d’un digne et méritant serviteur et garant des us et coutumes vers les aïeux.
AGBEDZI Aku Enyonam Julie, c’est son nom à l’état civile. Sa Majesté Mama AGBENOWOBU II, pour titre.
En attendant la messe de requiem à dire par les officiants, les corps constitués structurés en familles parentes, alliées, amies, professionnelles et coutumières défilent.
Tour à tour. Autant qu’ils sont, tous rendent leurs derniers hommages à l’ancienne Présidente de Délégation Spéciale de la ville de Kpalimé, et ancienne Présidente des Reines-Mères de la préfecture du Grand Kloto.
Tout ouïe, presque transcendée, l’assistance parmi laquelle figurent en bonne place des personnalités administratives, politiques et coutumières se remémore, à travers une série d’oraisons funèbres, l’utile parcours terrestre d’une éducatrice respectée, une administrative compétente, une dirigeante visionnaire et une Reine-Mère profondément attachée au bien-être de son peuple.
L’enseignement : un appel, une vocation…
De la Mission catholique de Yéviépé où elle effectue ses études primaires de 1958 à 1965, ponctuées par l’obtention du Certificat d’Etudes Primaire Elémentaire (CEPE), celle qui naquit le 2 Février 1950 a poursuivi ses études secondaires au Ghana, consacrées par le ‘’A Level English’’, puis le ‘’Teacher’s Certificate ‘’A’’ en 1978.
De retour au Togo en 1980, après certification de sa graduation suivie de quelques années d’expériences supplémentaires acquises sur le terrain, elle obtint le CAP en 1995.
Du CEG Tsévié Ville 1 au CEG Tokoin Nord, à Lomé en passant par CEG Kpadapé, ou encore CEG Tové Rails où elle a officié au titre de Professeur d’Anglais, l’ancienne Professeure d’Anglais a laissé, auprès de ses élèves et collègues, y compris des parents d’élève, une image.
Celle d’un bâtisseur et citoyen d’Etat qui aura consacré sa vie à transmettre le savoir, à former des jeunes générations et à préparer surtout des femmes et des hommes capables de contribuer au progrès de leur pays.
"Enseigner, semer des graines d'espérance, transmettre des valeurs..."
« Pour elle, enseigner n’était pas simplement exercer une profession. C’était semer des graines d’espérance, transmettre des valeurs et préparer l’avenir. Son héritage d’éducatrice demFeeure l’une des plus belles expressions de son amour pour la jeunesse et de son engagement au service de la nation », témoigne sa famille, dans son oraison.
De même qu’à ses yeux, renchérit-elle, le « leadership ne se mesurait ni au pouvoir ni aux honneurs, mais à la capacité de servir avec humilité ».
Et de conclure que son parcours politique et administratif demeure l’expression d’un engagement sincère envers le développement de Kpalimé et le bien-être de ses habitants.
Laissant ainsi derrière, à travers son sens du devoir, son intégrité et sa proximité avec les populations, l’image d’une dirigeante respectée, profondément attachée au progrès de sa commune et au service de la Nation.
« Sa Majesté Mama AGBENOWOBU II fit de l’enseignement, une véritable mission, du leadership un devoir, de la chefferie traditionnelle, un ministère de proximité et du service public, un engagement permanent envers sa communauté », a ajouté Togbui DZEDO V, le chef du canton de Womé et président du Conseil des chefs traditionnels de la préfecture de Kloto.
Les adieux à une femme de Mérite...
Somme toute le reflet d’une vie pleine qui a conséquemment valu à celle qui a également été Coordonnatrice des Femmes et Bonne Gouvernance dans la préfecture de Kloto, puis dans la Région des Plateaux, Parajuriste au sein du Groupe de Réflexion et d’Action Femme, Démocratie et Développement (GF2D), et membre du Conseil National de lutte Contre le VIH/SIDA (CNLS), des distinctions honorifiques à l’échelle nationale comme le Chevalier de l’Ordre National du Mérite, obtenu le 26 avril 2017, puis également élevée au titre de ‘’Femme de Mérite de l’Ordre du Mono’’.
Après la messe de requiem, dite par le Révérend Père curé Hippolyte Donouvossi qui, dans son homélie, s'est appuyé sur les textes liturgiques, tirés de Apocalypse 14, 13 et Évangile selon Matthieu 25, 31-46, Sa Majesté AGBEDZI Aku Enyonam Julie, désormais de vénérée mémoire, fut inhumée au cimetière de son Yéviépé natal.
Le tout, au terme d’une procession aux allures royales, et sur les airs de l’émouvante chanson inspirée par les thèmes de Stephen Foster et chantée par le Père Duval :
« Ils ne sont plus, les beaux jours de l'amitié. Tous mes amis ont quitté les cotonniers. Ils sont partis au pays du grand repos ; J'entends leurs douces voix chanter « Eho, vieux Jo ! »…
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